Gainsbourg

Serge Gainsbourg ne pouvait être épargné par la mode du biopic relancée il y a trois ans par La Môme d’Olivier Dahan... C’est l e dessinateur Joann Sfar qui se charge de celui-ci en prenant bien soin de présenter son film comme un conte afin de pouvoir prendre certaines libertés par rapport à la réalité. Gainsbourg (vie héroïque) ne se départit cependant pas de certains codes inhérents au genre dans lequel il s’inscrit : optant pour une narration chronologique, Sfar met en scène la transformation de Gainsbourg, de Lucien l’enfant timide et complexé à Gainsbarre, l’image de provocateur qu’il s’est forgé au cours de sa carrière. Soit de l’intime vers le personnage que l’on connaît et, malheureusement, d’une approche plutôt personnelle et séduisante vers un portrait stéréotypé sans profondeur.

Le film débute ainsi par l’enfance de Lucien Ginsburg dans une France occupée par les nazis. C’est de loin la partie la plus réussie du film, car Sfar essaie de comprendre son personnage en s’attardant sur deux traumatismes, sa laideur et la chasse aux juifs. Gainsbourg (vie héroïque) prend alors certaines libertés, et impose un dispositif plutôt courageux : avoir recours à une marionnette renvoyant à Lucien une image négative de lui-même. Une « gueule » immense que le personnage traîne comme un fardeau et qui est le moyen pour Joann Sfar de faire coexister son univers et celui de Gainsbourg. La marionnette grossit le nez et les oreilles Gainsbourg et s’inspire des dessins de juifs affichés dans les rues parisiennes. Elle s’impose ainsi comme une astucieuse trouvaille pour signifier le lien entre un complexe de laideur et les caricatures du juif largement diffusées.

Cependant, la marionnette est rapidement envahissante et surexploitée : elle va servir à traduire les contradictions de Gainsbourg, et les confrontations imaginaires entre le chanteur et son double se répètent presque à l’identique. Elles sont à l’image du film qui, plus il avance, plus il tourne en rond. Lorsque Sfar met en scène le Serge Gainsbourg que l’on le connaît, son film fait du surplace, perd toute la profondeur des débuts pour privilégier une approche très superficielle. Progressivement, le cinéaste s’efface (ses trouvailles visuelles se font rares et peu convaincantes : la tête de choux par exemple) et Gainsbourg (vie héroïque) illustre passivement les grands moments de la vie du chanteur. Les tableaux se suivent et se ressemblent : ils montrent les rencontres de Gainsbourg avec les femmes qui ont marqué sa vie et inspiré ses chansons. Les acteurs livrent alors de grands numéros d’imitation (Laetitia Casta ressemble beaucoup à Brigitte Bardot…), mais hormis des maquillages et des perruques, le film n’a plus rien à proposer.

 

9/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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