Partager l'article ! Shutter Island, réalisé par Martin Scorsese: [Critique susceptible de révéler certains événements du film] Des errance ...
[Critique susceptible de révéler certains événements du film]
Des errances nocturnes de Travis Bickle dans les bas-fonds de New-York aux organisations mafieuses en passant par les reconstitutions historiques dans Gangs of New-York et même Aviator, Martin Scorsese n’a cessé de prouver son talent pour empreindre ses films d’une ambiance particulière finement élaborée. Shutter Island présente la même perfection de mise en scène que la plupart de ses prédécesseurs, reposant sur la minutieuse composition de chaque plan et sur une bande-son (incroyable) et un montage irréprochables. De là découle l’angoissant climat portant le récit du début à la fin et oppressant totalement le spectateur. Shutter Island est une île (comme son nom l’indique) et la particularité d’un tel lieu engendre un huis clos absolument maîtrisé. L’île est source de tension : on ne peut quitter Shutter Island, protégée par d’immenses et dangereuses montagnes et dont l’accès n’est possible que par le biais d’un ferry aux venues bien trop rares. L’île est aussi un lieu coupé du reste du monde : le premier plan cadrant l’arrivée de du marshal Teddy Daniels et de son coéquipier Chuck Aule les montre sortant d’un épais brouillard. Shutter Island a beau être située aux Etats-Unis par le carton d’ouverture, elle reste un lieu atypique que rien ne rattache au continent.
Dès lors, l’île apparaît comme une microsociété régie par ses propres lois et n’obéissant pas à la même logique que le reste du monde. Elle sert de laboratoire à Martin Scorsese qui aborde des questions liées à la perception, engendrées par l’univers psychiatrique imaginé par Dennis Lehane. Plus Shutter Island progresse, plus il sème le doute en abolissant petit à petit la frontière entre la réalité et le délire, résultant de la folie. L’utilisation d’un unique personnage principal, dont le génial Leonardo DiCaprio parvient à traduire toute l’ambivalence, contribue à ce passionnant brouillage des cartes induisant une perpétuelle interrogation sur la nature des images : qu’est-ce qui peut être considéré comme réel ? Où s’arrêtent les hallucinations et qu’est-ce qui est de l’ordre du fantasme ? Martin Scorsese a la bonne idée de n’apporter aucune réponse précise. C’est ce qui fait la grande richesse de son film, qui parvient à proposer simultanément deux lectures contraires mais toutes deux crédibles et probables.
16/20