mister nobody

Nemo Nobody ne s’appelle pas ainsi par hasard. On ne saura rien de sa vie (hormis quelques amusantes informations sur son enfance) puisqu’il n’a encore rien vécu. Jaco Von Dormael se focalise sur les différents destins qui s’offrent à lui et qui ne dépendent que d’un seul choix (dont il a la responsabilité, ce qui est peu vraisemblable, mais bon…) : partir avec sa mère ou rester avec son père suite à la séparation de ses parents. Le temps s’arrête alors pour un voyage au cœur de l’imaginaire de cet enfant, qui nous entraînera dans des univers différents. Toutes ces vies rêvées qui se mêlent sont plus ou moins convaincantes (un monde à la Truman Show pour le meilleur, des séquences dans le futur ou sur Mars pour le pire), et Mr. Nobody souffre de cette inégalité et de sa volonté de compiler un maximum de thèmes en 2h20. Toutes les considérations philosophiques et scientifiques sont réduites à d’inutiles et pénibles lieux communs, et c’est finalement lorsqu’il opte pour la simplicité que le film séduit le plus. Les différentes histoires d’amour fantasmées par le personnage (avec Elise, Jeanne et surtout Anna) sont plutôt plaisantes et parfois touchantes, même si le réalisateur aurait pu tirer beaucoup plus de ses interprètes (Sarah Polley, Lin-Dan Pham, Diane Kruger). Au contraire, quand il explique lourdement le message de son film et tente de lui donner un peu de profondeur, Jaco Von Dormael s’égare (le temps qui s’écoulerait à rebours…) et son film devient alors un véritable fourre-tout.

Il y a deux motifs dominants dans Mr. Nobody, qui résument assez bien le film : d’une part, le train et les rails, figure un peu naïve pour signifier les différents chemins qui s’offrent au héros (et qui renvoie évidemment au moment du choix et de la séparation) ; d’autre part, la chaussure d’enfant. Le train est  peut-être lié au budget élevé du film, qui nécessite qu’il s’adresse au plus grand nombre. D’où toutes les lourdeurs, dans l’utilisation des musiques (les chansons un peu kitsch séduisent le temps d’une séquence puis énervent dès qu’on les retrouve plaquées n’importe où), dans l’explicitation du propos vers la fin et surtout dans le montage : les procédés pour lier les différentes vies sont systématiques et trop artificiels (de l’eau du lac à celle du bain…), et le film a la manie de tout illustrer bêtement (lorsque l’enfant dit à son nouveau beau-père qu’il mourra écrasé par un train, on a droit à un flash dans lequel un train percute une voiture, comme si les propos de Nemo n’étaient pas assez clairs…). La chaussure bleue est en revanche une trouvaille bien plus personnelle et un élément récurrent employé avec plus de subtilité. Elle est par exemple brillamment utilisée lorsque, vers la fin du film, elle menace d’écraser une maison et signifie le côté factice de la vie rêvée par Nemo. Ce sont ces quelques séquences poétiques et/ou originales qui tirent parti des évidentes qualités plastiques du film et séduisent avant d’être rattrapées par un catalogue de banalités.

 

10/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : ciné-blogs
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