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Le personnage central de Mourir comme un homme est Tonia, transsexuel ayant connu ses heures de gloire dans un cabaret lisboète et qui envisage un instant de subir une opération susceptible de le faire changer de sexe. Le film commence pourtant par un prologue aussi brillant qu’inattendu qui suit des soldats dans une forêt. Mourir comme un homme a alors des airs de film américain sur le Viêtnam (Outrages commençait un peu de la même façon), et c’est ce qui fait sa force : Joao Pedro Rodrigues s’éloigne toujours des représentations communes des travestis ou transsexuels au cinéma et son film n’en est que plus intéressant. Le cinéaste détourne des codes pour se les réapproprier : si on chante dans le film, ce n’est jamais sur la scène d’un cabaret mais hors champ ou dans des scènes du quotidien ; si les scènes nocturnes sont majoritaires, elles n’en restent pas moins intimiste. Le film s’éloigne ainsi des clichés et des paillettes pour saisir les questionnements profonds hantant ce personnage « pluriel » sur le point de s’éteindre.

Les années de gloire de Tonia sont achevées depuis longtemps. Dans le cabaret où elle se produit, un autre travesti, plus jeune, menace de lui voler la vedette. Joao Pedro Rodrigues filme ce retrait avec un profond respect de son personnage. Son film brille ainsi par sa justesse de ton, et la mise à nu de Tonia a quelque chose de profondément émouvant. Voir son corps rejeter progressivement tout ce qui lui a permis de vivre comme une femme (et donc comme il le souhaitait), d’abord la silicone, ensuite des lentilles, une perruque et du maquillage, est terrible. Pourtant, Mourir comme un homme ne sombre jamais dans le pathos, grâce à son impeccable maîtrise des incartades faites aux genres confrontés. Joao Pedro Rodrigues prend des risques, notamment lorsqu’il fait intervenir un couple de travesti vivant reclus à proximité de la forêt qui ouvrait le film. Par la théâtralité revendiquée de son jeu, Maria Bakker apporte, entre autres, une touche d’humour.

De même, c’est avec humour qu’est introduite l’une des plus belle séquences du film : Tonia découvre que sa chienne a enterré dans le jardin des objets qui avaient mystérieusement disparu. Vu la taille de ces objets, le gag est quasi-burlesque, et Joao Pedro Rodrigues opère à l’échelle de cette séquence un brillant glissement de l’amusement vers l’émotion. C’est le passé de Tonia qui refait surface à travers les épisodes de sa vie auxquels renvoient ces objets-souvenirs. C’est aussi un beau moment de complicité entre Tonia et le jeune Rosario, ancien toxicomane. A l’image de cette séquence, Mourir comme un homme tire sa force de sa faculté à mêler les genres, les registres et les histoires. A partir de cette pluralité, Joao Pedro Rodrigues réussit à donner à son film une véritable identité.

15/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma et culture alternative
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