mother

Vu en avant première grâce à Florian et Jérôme (Cinefriends)

Lors de la première séquence, une femme seule traverse un champ de blé et se met soudainement à danser. Cette sublime ouverture présente subtilement la mère éponyme, personnage seul et désespéré, en même temps qu’elle donne le ton du film : Bong Joon-ho amènera chacune de ses scènes (et donc son film) sur des sentiers inattendus. Dans Mother, le cinéaste coréen mêle les genres pour finalement en faire exploser les codes. Ce procédé récurrent dans cinéma coréen actuel (l’humour et la critique sociale s’immisçaient dans le thriller The Chaser, Zola et les vampires cohabitaient dans Thirst, ceci est mon sang, etc.) n’avait jamais été si brillamment employé. Bong Joon-ho questionne les relations familiales (ce qui était déjà l’une des préoccupations de The Host), en limitant la famille à une mère et son fils, tout en menant une enquête policière passionnante, qui impose le rythme du film, et en glissant quelques touches d’humour noir réjouissantes.

En premier lieu, il y a le meurtre d’une jeune étudiante, pour lequel est rapidement accusé Do-joon. Sa mère (Kim Hye-ja, excellente), avec qui il entretient une relation fusionnelle, à la limite de l’inceste, va alors tout mettre en œuvre pour prouver son innocence. Bong Joon-oh double ainsi son suspense parfaitement maîtrisé d’un portrait de femme complexe et passionnant. Il ne glorifie jamais ses actes, même si le parcours du combattant dans lequel elle se lance révèle les failles d’un système judiciaire où un seul indice suffit à identifier un coupable et dans lequel la défense est réservée aux classes sociales les plus aisées (les autres devront se satisfaire d’un internement dans un hôpital). Sublimée par l’admirable mise en scène de Bong Joon-oh, la mère laisse progressivement transparaître derrière sa détermination certaines faiblesses puis des blessures plus profondes.

Une fois l’intrigue résolue, Mother soulève d’autres questions et laisse apparaître ce qui est peut-être son véritable projet : une réflexion sur le poids du passé et la façon de tendre vers le bonheur malgré des souvenirs douloureux. Pour les personnages du film, l’oubli est indispensable. Que ce soit par la suppression de photos compromettantes sur un téléphone portable, par l’incendie de la maison d’un vieillard ou par des injections régulières faisant un instant disparaître les soucis du quotidien. C’est à un impossible nouveau départ (voire à un retour en arrière) qu’aspirent les personnages : les deux premiers plans du film reviendront d’ailleurs après le dénouement de l’enquête, sans être pour autant être répétés à l’identique… Finalement, le seul à pouvoir jouir de cette insouciance désirée de tous, c’est Do-joon, dont les migraines entraînent une perte de mémoire partielle. L’oubli de ses souvenirs le déconnecte d’une réalité difficile… mais en fait aussi le personnage le plus passif, le plus faible et le moins attachant du film.

 

17/20

Lire aussi l'interview de Bon Joon-oh sur Rob Gordon a toujours raison

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéculte
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