Partager l'article ! La rafle, réalisé par Roselyne Bosch: Quand le cinéma se croit investi d’une mission pédagogique, on assiste à des films tels q ...
Quand le cinéma se croit investi d’une mission pédagogique, on assiste à des films tels que La rafle. Vouloir intégrer à l’Histoire des événements qui ont malheureusement été oubliés dans les manuels scolaires (qui, de toute façon, ne peuvent rendre compte avec précision de tous les faits) est une intention tout à fait louable mais qui a rarement été à l’origine de films enrichissants pour le cinéma français. Après Indigènes, qui avait pour unique ambition d’honorer les soldats maghrébins oubliés après la Seconde Guerre Mondiale, Roselyne Bosch filme la rafle du Vélodrome d’Hiver en pensant qu’on peut faire n’importe quoi sous prétexte qu’on est en possession d’un sujet qui gagne à être connu de tous. Son film se joue à deux échelles : il se focalise sur une famille de juifs déportée vers le Vél d’Hiv avant d’être conduite vers les camps d’extermination, et montre aussi les décisions prises par les gouvernements hitlérien et pétainiste. Ce montage alterné est à l’origine d’un pénible manichéisme puisqu’il oppose les hautes sphères du pouvoir ne raisonnant qu’en terme de chiffres aux pauvres couches populaires qui sont soit des juifs sur le point d’être raflés soit leurs voisins qui vont tous tenter de les protéger. Les méchants dans tout ça, ce sont donc les figures connues, que l’on se plaît à stigmatiser encore une fois pour épargner les anonymes, pourtant loin de tous avoir eu un comportement aussi héroïque que celui décrit ici. Au pire, les parisiens de La rafle tiennent des propos légèrement antisémites. Le film affiche fièrement son incohérence (ou son hypocrisie) : vouloir révéler des atrocités qui ont eu lieu en France en refusant de se confronter à la collaboration autrement qu’en montrant des accords passés entre Pétain et Hitler.
Pourtant, le film souffre davantage de l’absence de réalisateur que de ce scénario trop peu courageux. Alors que le sujet offrait une question absolument cinématographique (comment mettre des images sur un événement dont il ne reste aucune trace, sinon des témoignages, aujourd’hui ?), Roselyne Bosch préfère se complaire dans un traitement télévisuel. Tous les faits sont montrés et se déroulent dans des décors en carton-pâte. Seule importe l’émotion, et Roselyne Bosch ne recule devant rien pour que le spectateur s’apitoie sur le sort de ses personnages. Pour cela, les enfants constituent son arme redoutable : leurs visages sont filmés en très gros plans et l’innocence de ces gosses ne comprenant pas ce qui leur arrive est en permanence surlignée. Calqué sur le modèle du téléfilm (quel modèle…), La rafle sombre dès les premiers instants dans le pathos. Le générique nous informe que tous les éléments rapportés ont bien eu lieu, hélas. Le film existe bien lui aussi, hélas (bis).
6/20