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Adapter Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll était un bon projet pour Tim Burton, cinéaste qui, dans chacun de ses films, a réussi à imposer un univers empli de trouvailles tant visuelles que scénaristiques et dans lesquels se mêlaient parfaitement poésie et monstruosité. Par sa plongée dans un monde imaginaire où elle vit des aventures plus palpitantes que celles que lui propose la vie réelle, Alice rappelle Edward Bloom, le personnage incarné par Albert Finney dans le très bon Big fish, qui s’inventait un passé pour rendre son existence plus palpitante. Au regard de sa filmographie, il n’y a rien d’étonnant à ce que Burton s’attaque à une telle adaptation. Il a eu l’idée judicieuse de prendre ses distances avec le livre de Carroll (et, accessoirement, avec le dessin-animé de Disney…) que tout le monde connaît, puisqu’Alice au pays des merveilles mêle le roman original et sa suite moins populaire, De l’autre côté du miroir, ce qui permet au cinéaste de s’approprier l’histoire et les personnages pour réaliser un film qui aurait pu être très personnel.

Aurait pu… Car si Alice au pays des merveilles fait preuve d’audace dans son scénario – quitte à en dérouter plus d’un – le cinéaste est bien en retrait et peine à empreindre son film de son style immédiatement reconnaissable. Tout est trop fade et ennuyeux dans cette version formatée, à l’image du personnage éponyme interprété sans conviction par Mia Wasikowska. Burton paraît ne plus maîtriser sa superproduction, qui prend des allures de fourre-tout dans lequel chaque élément est présent en excès : il y a trop de musique, trop de Johnny Depp et surtout trop d’artifices (à commencer par le relief qui est plus une attraction qu’une véritable valeur ajoutée). Alice au pays des merveilles est aux antipodes du cinéma de Tim Burton, comme si l’artiste avait du s’effacer derrière le label Disney, au point d’accepter des images assez moches et assumant des références d’un goût douteux au cinéma d’heroic-fantasy. Après Sweeney Todd qui avait le mérite de reconsidérer les antihéros qui lui sont chers, Tim Burton livre son film le moins intéressant et le moins réussi. En attendant de voir ses prochaines œuvres, considérons Alice au pays des merveilles comme une regrettable erreur de parcours.

8/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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