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Tout comme Patrice Miller dans  A l’Origine de Xavier Giannoli, Frédéric Fortin est un usurpateur d’identité : en 2000, il se fit passer pour Nicholas, un adolescent américain disparu quatre ans auparavant. Jean-Paul Salomé s’empare de ce fait divers pour dresser le portrait d’un être complexe, un grand malade inoffensif qui partage avec le personnage du film de Giannoli le même besoin d’amour et de reconnaissance. Le réalisateur n’évite pas tous les clichés du film labellisé « histoire vraie » (d’inutiles cartons en guise de conclusion…) mais signe néanmoins un film intéressant porté par Marc-André Grondin, parfait dans le rôle titre. L’acteur rend son personnage parfois inquiétant et laisse transparaître sa fragilité avec beaucoup de subtilité.

La première séquence, très réussie, le retient face à un miroir brisé renvoyant plusieurs images de lui. Fortin se rase, se fait tatouer, opère toutes les transformations physiques nécessaires afin de se faire passer pour un autre. D’emblée, Salomé ne laisse aucune place au doute en présentant son personnage comme un imposteur. Son choix est judicieux puisqu’il évacue ainsi toute ambiguïté le concernant, et peut alors élargir le propos de ce son film. Déroulant son intrigue en Louisiane, le réalisateur se plaît à ponctuer son film de plans d’illustration. Bien que cette volonté de tirer parti de son décor soit tout à fait louable, les scènes contemplatives sont maladroites et bien trop pauvres pour apporter au film une ambiance particulière.

Jean-Paul Salomé est cependant plus inspiré lorsqu’il choisit de prêter une grande attention à ses seconds rôles, trois femmes, une agent du FBI, la sœur et la mère de Nicholas, respectivement interprétées par les très convaincantes Fanke Janssen, Emilie De Ravin, Ellen Barkin. Grâce à elles, il double son film de la description, juste et touchante, d’une famille détruite qui préfère croire un mensonge pour panser illusoirement ses plaies. Le Caméléon piétine malheureusement sur la fin : en privilégiant l’enquête policière, il perd de son intérêt et finit par souffrir de quelques longueurs. Pourtant, malgré quelques réserves, le film réussit à convaincre grâce à son scénario bien mené et à ses acteurs remarquablement dirigés.

12/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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Les trois personnages retenus alternativement par Antoine Fuqua dans L’Elite de Brooklyn n’ont pas grand-chose en commun sinon des tracas et surtout leur profession : ils sont flics et officient dans l’un des districts les plus sensibles de New-York. A quelques jours de la retraite, Eddie est un policier solitaire trouvant du réconfort dans l’alcool ou auprès d’une prostituée. Bientôt père de jumeaux, Sal sera tenté de récupérer l’argent des dealers qu’il arrête pour offrir une maison spacieuse à sa famille. Flic ayant infiltré un groupe de trafiquants de drogue, Tango se retrouve dans une impasse après s’être rapproché d’un caïd (Wesley Snipes). Tous les trois font donc leur possible pour survivre dans Brooklyn et arriver à leurs fins. Antoine Fuqua propose ainsi trois beaux portraits, et est bien aidé pour cela par des acteurs convaincants : si Don Cheadle et surtout Ethan Hawke sont à l’aise dans des rôles qu’ils connaissent par cœur, Richard Gere surprend en flic solitaire et désabusé. Grâce à eux, L’Elite de Brooklyn réussit à s’imposer comme un film captivant mais trop convenu, impersonnel et donc anecdotique.

Les personnages comme les histoires qu’ils vivent ont déjà été exploités par de nombreux polars. En affirmant dès son prologue sa volonté de questionner la frontière ténue entre le bien et le mal, le réalisateur s’aventure dans des thématiques que James Gray a brillamment explorées dans chacun de ses films. L’Elite de Brooklyn reste malheureusement en surface de son sujet, se contente d’énoncer des lieux communs et peine à tirer parti de son décor : Fuqua ne se sert jamais du lieu de son action pour empreindre son film d’une atmosphère qui aurait pu faire sa singularité. Son film choral réussit à trouver son rythme, ne se perd pas dans une accumulation de scènes d’action et de violence mais n’exploite pas les possibilités offertes par le montage alterné. Le basculement d’une histoire vers une autre est souvent aléatoire et rarement utilisé dans le but de produire un discours par l’opposition ou le rapprochement des personnages filmés. Le finale (raté) finit par réunir les trois flics et le manichéisme que Fuqua avait jusque là réussi à éviter s’impose comme morale du film. Si L’Elite de Brooklyn peine à dépasser les clichés et à défendre un point de vue, Antoine Fuqua démontre toutefois un réel talent pour la reproduction de ce que d’autres ont déjà fait avant lui. Peu intéressant mais pas désagréable.

10/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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CANNES 2010: PRIX D'INTERPRETATION (JULIETTE BINOCHE)

Le Vrai et le Faux, l’Original et la Copie, le Cinéma et l’Amour… Tel est le programme du nouveau film d’Abbas Kiarostami, Copie conforme, qui se focalise sur deux personnages, James Miller, un écrivain anglais et une femme anonyme, galeriste d’origine française. Tous deux se rencontrent (?) en Italie, alors que l’auteur vient présenter son dernier essai, Copie conforme, dans lequel il s’interroge sur la valeur de la copie d’une œuvre d’art. Si le sujet est intéressant (mais pas nouveau), la scène d’ouverture annonce malheureusement un traitement trop littéraire et théorique. Filmé en plan fixe, James Miller explicite les idées défendues dans son livre (et dans le film par Kiarostami) : le discours est contenu dans ce monologue désincarné et insupportable. Il se poursuivra ensuite lors d’une longue discussion entre les deux personnages principaux. Là encore, Copie conforme est un film de scénariste et d’acteurs, la mise en scène reproduisant (certes élégamment) une forme canonique régulièrement utilisée pour filmer des conversations : plans séquence et champs-contrechamps.

Il est bien difficile de se passionner pour ce film à thèse trop écrit, même si tous les éléments sont pensés pour appliquer la réflexion sur la question de l’originalité au cinéma : Copie conforme, c’est un acteur anglais (William Shimell) et une actrice française (Juliette Binoche) qui se retrouvent devant la caméra d’un cinéaste iranien, déroulant son histoire en Italie. Abbas Kiarostami ne tire pourtant pas grand-chose de ce dépaysement (c’est le premier film qu’il réalise en Europe) et de cette polyphonie totalement en accord avec son propos. Le film est par ailleurs divisé en deux parties et à l’issue d’une scène dans un café florentin, les cartes sont redistribuées. Alors qu’ils étaient un essayiste et une galeriste venant de se rencontrer, l’homme et la femme devienne un couple usé par le temps. On peut envisager que les deux personnages jouent un vieux couple dans cette deuxième partie, en s’inspirant de ceux qui les entourent pour proposer une copie plus vraie que nature. Sans chercher à discerner le vrai du faux dans Copie conforme, et puisque de toute façon par définition tout est faux au cinéma, on peut lire le film comme un double hommage au travail d’acteur qui, par son jeu, rend crédible un être inventé de toute pièce. Le prix d’interprétation décerné à Juliette Binoche lors du dernier Festival de Cannes est donc bienvenu. Néanmoins, on ne pourra que regretter qu’à partir d’un scénario si riche, posant des questions pertinentes et passionnantes, Abbas Kiarostami signe un film plus agaçant que stimulant.

8/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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Breathless

 

La caméra de Yang Ik-June suit au plus près Sang-hoon, magistralement interprété par le cinéaste lui-même. Le personnage est un cogneur qui semble dépourvu de toute humanité : dans la séquence d’ouverture à couper le souffle, il intervient pour passer à tabac un homme frappant une femme à terre… avant de s’acharner également sur la victime, à qui il reproche de n’avoir pas su se défendre. Omniprésente, la violence gratuite et excessive est filmée crûment et de façon réaliste. Elle fait partie du quotidien de Sang-hoon qui, alors qu’il était encore enfant, a vu son père battre sa mère jusqu’à entraîner sa mort. Depuis, il est recouvreur de dettes pour un groupe de voyous. Le sanguin Sang-hoon s’est ainsi forgé une carapace : brutal, injurieux et, très souvent, silencieux, il est craint par tous ceux qui partagent sa vie, professionnelle mais aussi privée.

Breathless présente la violence comme un cercle vicieux, les témoins ou victimes devenant à leur tour exécutant, que ce soit les enfants reproduisant les actes de leur père ou l’apprenti de Sang-hoon qui initiera à son tour l’un de ses amis. Le film met également en exergue une perte de repère, une inversion : les pères sont devenus les enfants de leurs enfants. Ils sont vulnérables, dépendants et parfois infantilisés. La démission de la figure paternelle induisant l’explosion de la cellule familiale, c’est ce qui rapproche Sang-hoon de Yeon-hee, une jeune étudiante. Ces deux personnages, pleins de hargne et livrés à eux-mêmes, se font écho et, paradoxalement, leur confrontation amène le film sur des sentiers inattendus.

Si Sang-hoon et Yeon-hee éprouvent la même difficulté à révéler leurs sentiments les plus profonds, ils gagneront tous deux en humanité au contact de l’autre. Des moments de tendresse, en rupture avec la brutalité du film, rendent ces personnages attachants : dans de magnifiques scènes filmées avec beaucoup de pudeur, Sang-hoon et Yeon-hee apparaissent sous un jour nouveau, plus fragiles et sensibles. Leurs tentatives de socialisation (Sang-hoon se rapprochera de son neveu, achètera un téléphone portable…) constituent les plus beaux moments de Breathless. Une nuit, l’impassible Sang-hoon ira jusqu’à pleurer, la tête posée sur les genoux de Yeon-hee. La séquence est à l’image du film : sublime.

16/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéculte
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OSCAR 2010 DU MEILLEUR FILM ETRANGER

En 1974, une jeune institutrice fut violée et assassinée à Buenos Aires. Benjamin Exposito, alors employé dans le bureau de la juge Irène Menendez, a enquêté sur cette affaire et vingt-cinq ans plus tard, il décide de se replonger dans ses souvenirs pour écrire un roman sur ce fait divers qui a marqué sa vie. Cependant, Exposito ne sait pas comment commencer son livre et, de la même manière, Dans ses yeux propose plusieurs possibilités d’incipit. Il y a des images du viol mais aussi une scène de séparation, en partie floue : monté dans un train, Exposito observe la silhouette d’Irène, restée sur le quai, qui ne cesse de rétrécir. D’emblée, Juan José Campanella pose deux intrigues : l’enquête sordide et l’histoire d’amour impossible entre Irène et Benjamin.

Le meurtrier est rapidement démasqué, révélant sa fascination pour la victime par son regard sur diverses photographies. Dans ses yeux ne multiplie donc pas les fausses pistes avant un twist final (si le film se conclue par une surprise, celle-ci est bien plus intelligente que la découverte du nom du coupable et amène de nouveaux questionnements) mais déplace l’intérêt de l’intrigue policière : le film se focalise sur le combat d’Exposito pour faire mettre le coupable en prison... avant que celui-ci ne soit immédiatement libéré et converti en indic pour un juge détestable. Campanella oppose ainsi deux enquêteurs, Exposito et son acolyte, Pablo Sandoval (un personnage plus complexe qu’il n’y paraît), issus d’un milieu modeste mais incorruptibles et défenseurs d’un idéal de justice, et un système judiciaire qui semble agir contre eux.

Simultanément, et tout comme le meurtrier, Exposito est trahi par son regard, qui se porte trop longuement sur Irène. Dans ses yeux intègre ainsi avec brio des séquences relevant du mélodrame et justifiant la construction en flashbacks. Si le film mêle deux époques, les scènes au présent restent rares et brèves : Exposito vit avec ses regrets, dans ses souvenirs, sans se projeter dans le futur ni même vivre l’instant présent. Le temps a marqué son visage, ses cheveux bruns sont devenus gris et pourtant sa relation avec Irène n’a pas évolué d’un iota : au-delà de ces transformations physiques, le personnage n’a pas changé... Malgré une réalisation très classique mais maîtrisée, Dans ses yeux captive grâce aux problématiques qu’il aborde avec justesse, aux questions qu’il pose lors de sa conclusion, et à ses personnages remarquablement construits et impeccablement interprétés.

13/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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