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Se confronter au Che était un pari risqué mais alléchant. Loin de céder à la facilité en ne réalisant pas un grand film hollywoodien glorifiant une icône parlant anglais ( !), L’Argentin, première partie d’un diptyque de plus de quatre heures, préfère appréhender le commandant Ernesto Guevara comme un être humain plutôt que comme un mythe. En osant le filmer de dos ou dans la profondeur du champ, en laissant la possibilité à une scène de se dérouler sans que son personnage éponyme en soit au centre, Steven Soderbergh réalise un film inattendu, intriguant, dans lequel il décortique l’image emblématique du Che pour dresser un portrait de l’homme, construit à partir de ses idées politiques. Même si la ressemblance est troublante entre Benicio Del Toro et le Che, et que l’acteur, primé à Cannes, propose une étonnante composition, le légendaire révolutionnaire n’existe à l’écran qu’à travers ses convictions, motivant ses actions. Alternant d’envoûtantes séquences dans la forêt de la Sierra Maestra et flash-forwards en noir et blanc retenant le Che à la tribune des Nations Unies quelques années plus tard, Che, première partie : L’Argentin multiplie les va-et-vient temporels sans se perdre (chaque séquence répond à la précédente, ce qui justifie une telle construction) et pour démontrer que les idées anticapitalistes défendues par le Che ne l’ont jamais quitté. Dans cette première partie décrivant l’arrivée de Castro au pouvoir et l’ascension de Guevara, rapidement idolâtré, on voit le Che prôner l’éducation pour tous afin que le peuple ne soit pas manipulé en même temps qu’il ne tolère aucun faux pas au sein de son armée. L’Argentin apparaît alors comme un redoutable commandant et comme un idéaliste, souhaitant étendre la Révolution cubaine au reste de l’Amérique latine. A l’issue de la projection, l’impression de n’avoir saisi que quelques bribes de ce complexe personnage persiste (le resserrement de l’action sur une petite partie de la vie du Che y est pour beaucoup), le portrait de Soderbergh étant à la fois profond (lorsqu’il décrit les idées révolutionnaires, au point parfois de devenir plus un portrait de la Révolution cubaine qu’un portrait du Che) et peuplé de zones d’ombres. Si cette première partie peine à trouver son rythme, l’expérience (quelque peu inégale…) proposée par Soderbergh intrigue et prend de l’ampleur lors de la dernière demi-heure : une bonne raison pour placer de gros espoirs en Guérilla, second volet qui s’annonce encore plus passionnant que cet Argentin, mise en bouche pensée pour seulement éclairer la seconde moitié qui devait, à l’origine, être la seule réalisée…

11/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2009 - Communauté : Les films : outil de culture
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