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Au fin fond du Texas dans les années 1950, une série de meurtres perturbe la tranquillité d’un petit village. C’est en épousant le point de vue de Lou Ford, un shérif dissimulant sous son costume ses pulsions meurtrières, que Michael Winterbottom aborde ce fait divers servant de prétexte à son nouveau film. En confiant la narration à cet inquiétant psychopathe, qui exprime ses états d’âme via une voix-off omniprésente, le réalisateur place le spectateur dans une position inconfortable. Alors que Winterbottom filme dans les moindres détails Lou torturant Joyce, une prostituée (Jessica Alba) et Amy, sa femme (Kate Hudson), The killer inside me dérange par son calme et sa sophistication. La violence est filmée frontalement mais le maniérisme de la réalisation, multipliant les filtres de couleur, l’inclut dans des séquences visuellement sublimes et à l’artificialité fascinante. Winterbottom fait ainsi un choix audacieux : esthétiser de longues scènes de mise à mort pour faire ressentir le plaisir pris par ce serial-killer sadique.

Par ailleurs, le cinéaste a fait un autre choix extrême dans la conduite de son récit. A l’exception de brefs flashbacks divulguant quelques informations sur l’enfance du shérif (contresens avec le propos du film), The killer inside me refuse d’expliquer les événements qui ont conduit Lou à réveiller le tueur qui sommeille en lui. Ses sombres desseins et le déchainement de violence qui en résulte n’ont pas de cause précisément identifiable, et, plutôt que de réaliser un traditionnel portrait de psychopathe, Michael Winterbottom propose une plongée dans la psyché de ce tueur sadique et malsain. Si ce projet casse-gueule s’impose comme une réussite, c’est en grande partie grâce à l’excellente prestation de Casey Affleck qui, seulement par son regard et son élocution, parvient à humaniser son personnage tout en le rendant terriblement inquiétant. Son jeu contribue grandement au sentiment de malaise provoqué en permanence par ce film étrange et obsédant.

14/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma et culture alternative
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CANNES 2010 - SEMAINE DE LA CRITIQUE

Copacabana : c’est le mensonge inventé par Esméralda, prétextant que sa mère, Babou, est en voyage au Brésil pour la tenir à l’écart de son mariage. Le deuxième film de Marc Fitoussi se révèle être lui aussi un séduisant mensonge puisqu’il refuse un argument facile (Isabelle Huppert et Lolita Chammah, mère et fille à la ville et maintenant aussi à l’écran) pour proposer un très beau portrait de femme à travers lequel sont abordés différents sujets : la relation compliquée entre une mère et sa fille mais aussi l’impitoyable marché du travail et la difficulté pour des êtres marginaux de trouver leur place dans une société de plus en plus standardisée. Si l’aspect social demeure un peu simpliste, il reste l’arrière-plan d’un film privilégiant la comédie et s’appuyant sur des personnages amusants et/ou attachants.

Marc Fitoussi est bien plus doué pour donner vie à des personnages que pour la narration. Chaque scène de Copacabana fonctionne donc d’abord grâce aux protagonistes mis en scène. D’un bout à l’autre du film, on suit Babou (Isabelle Huppert, qui excelle dans un genre auquel elle s’est rarement confrontée), une mère insouciante qui, au fil des années, semble être devenue la fille de sa fille. Ce personnage insolite, drôle dans un premier temps, gagnera en épaisseur tout au long de sa reconversion, loin du Brésil, de ses couleurs chaleureuses et de ses musiques. C’est à Ostende, dans des décors bleu-gris (finalement séduisants), où elle est employée pour vendre des appartements peu attrayants, qu’elle se reprendra en main sans pour autant gommer l’excentricité qui fait son charme. Tout au long de son séjour, elle croisera le chemin de divers personnages. Plutôt que d’accumuler les péripéties, Copacabana multiplie les rencontres et la réussite du film est en grande partie due à la qualité des seconds rôles (un couple de SDF sympathique, une colocataire aigrie...). Après La vie d’artiste, Marc Fitoussi signe un nouveau film de personnages plutôt drôle et réservant quelques jolis moments de tendresse.

13/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéma
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La Reine dans le palais des courants d'air

Reprenant là où s’achevait le deuxième volet, Millenium 3 est lourdement handicapé par son prédécesseur, qui avait échoué à poser des questions dont on attendrait impatiemment les réponses. Le dénouement de cette saga nordique n’est donc ni haletant et ni surprenant. Pourtant, avec la Reine dans le palais des courants d’air vient l’heure des révélations, et plusieurs affaires seront dévoilées au grand jour. En éclaircissant l’histoire personnelle de Lisbeth Salander, violée, internée dans un hôpital psychiatrique puis mise sous tutelle, Mikael Blomkvist découvrira que les services secrets sont impliqués dans cette histoire sordide, dépassant largement le simple fait divers. Si le premier épisode (et, dans une moindre mesure, le deuxième) empruntait au thriller américain contemporain (Seven, etc.), c’est désormais du côté de deux autres genres hollywoodiens que se situe ce dernier Millenium : le film de procès et celui d’investigation journalistique (façon Les hommes du Président).

Millenium 3 est logiquement l’épisode le plus lent de la trilogie. Hormis quelques péripéties qui perturbent le récit (ceux qui enquêtent sont menacés de mort et agressés), on suit le recoupement d’indices mené simultanément par l’avocate de Lisbeth et par le journaliste Mikael Blomkvist. Il faut un certain talent pour rendre palpitant ce long travail de recherche, et Daniel Alfredson manque d’inspiration et de matière. En étirant chacune de ses séquences, il ne fait que mettre en évidence la pauvreté de son intrigue. Dans Millenium 3, chaque preuve susceptible d’innocenter Lisbeth (notamment une vidéo) est connue du spectateur depuis longtemps, et il faut attendre patiemment que l’avocate décide de s’en servir. Alors que cette saga aurait pu passionner en se réappropriant au fil des épisodes des genres qui ont fait l’histoire du cinéma américain, les trois films suédois manquent d’inventivité et se complaisent dans les clichés. On assiste ici à un procès final sans surprise, sans tension et mis en scène avec une passivité désespérante. Même lorsque Lisbeth se ridiculise en se déguisant en punk, le film ne réussit pas à capter l’attention et la trilogie s’achève dans l’indifférence la plus totale.

8/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : ciné-blogs
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Inception

 

[Critique susceptible de révéler certains événements du film]

Alors qu’il réinventait le film de super héros il y a deux ans avec The Dark Knight, Christopher Nolan va plus loin aujourd’hui en proposant un nouveau modèle de blockbuster hollywoodien dans Inception, film passionnant, complexe mais, avant tout, spectaculaire. Il est donc question de Dom Cobb, voleur capable de s’immiscer dans le subconscient de ses victimes et de leur dérober ce qu’elles ont de plus précieux et de plus intime : leurs rêves. Nolan a ainsi entre ses mains un scénario idéal qui, en proposant une incursion dans le monde des rêves, lui permet de laisser libre cours à son imagination. Aidé par un budget conséquent, il donne à voir des séquences inédites et époustouflantes lorsqu’elles refusent une représentation réaliste du monde, telle que celle se déroulant dans un Paris brillamment remodelé. Nolan remplit parfaitement son contrat (Inception est un film qui en met plein les yeux) sans se perdre dans le divertissement facile. Le réalisateur a le mérite de rendre accessible son scénario en présentant avec une concision remarquable des idées profondes et complexes (le rêve imbriqué dans un autre rêve, impliquant inévitablement une confusion entre le réel et l’imaginaire). Mais la grande force d’Inception est de considérer le spectateur comme un acteur du film à part entière : en réclamant en permanence son attention et en laissant des zones d’ombre que chacun comblera selon son inspiration et sa perception des choses, Nolan propose un film grand public exigent et approche un certain idéal de cinéma.

Si l’on ne se perd pas dans Inception comme on se perdrait dans un film de David Lynch (qui propose des questionnements similaires), c’est grâce à un personnage qui découvre cet univers étrange en même temps que nous : aux côtés d’Ariane (qui ne s’appelle pas ainsi par hasard), jeune étudiante recrutée pour imaginer les espaces oniriques dans lesquels évolueront Cobb et son équipe, on parvient à se repérer dans le monde labyrinthique inventé par Nolan, notamment lors de l’inception éponyme (qui désigne le fait de s’introduire dans le subconscient d’un individu pour y faire germer une idée qui influera sur ses choix et son comportement dans le monde réel), se déroulant dans quatre lieux imaginaires régis par quatre temporalités différentes. En modifiant la perception du temps d’une séquence à l’autre, Nolan met en place un suspense implacable et se sert de ses idées scénaristiques pour multiplier les trouvailles visuelles. On assiste ainsi à la sublime chute au ralenti d’une voiture dans l’eau ou à une scène en apesanteur dans les couloirs d’un hôtel citant presque explicitement Kubrick.

Pourtant, si Ariane sert de guide dans le monde d’Inception, le seul héros du film est Dom Cobb (interprété par Léonardo DiCaprio, qui confirme quelques mois après Shutter Island qu’il est le plus grand acteur américain actuel). Hanté par le décès de sa femme, ce personnage amène des séquences d’émotion et le questionnement profond du film. En clarifiant peu à peu le passé de Cobb, Christopher Nolan retrouve David Lynch : si l’on peut dire quasiment avec certitude ce qui relève du rêve, quelle est la nature des autres séquences (la deuxième partie de Mulholland Drive, la fin d’Inception) ? Car, lorsqu’on s’enfonce dans des rêves naissant eux-mêmes à l’intérieur d’autres rêves, comment revenir à la réalité sans la remettre en question ? C’est ce qui a séparé Cobb de sa femme, et c’est sur cette question que nous laisse Christopher Nolan en concluant son film sur une scène inachevée : la toupie a bien failli s’arrêter de tourner mais n’a pourtant fait que vaciller... La seule réalité, c’est peut-être celle du spectateur, que Nolan a réussi à placer dans le même état d’esprit que les personnages de sa bande de Möbius. En fin de compte, Inception est une expérience collective produisant la sensation d’un rêve : une histoire dense sans début ni fin, qui semble n’avoir duré qu’une fraction de seconde alors que nous sommes pourtant restés près de deux heures et demie dans une salle de cinéma.

18/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : Cinéculte
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Le premier qui l'a dit-copie-1

 

Bien décidé à profiter d’un repas de famille pour révéler à ses proches son homosexualité, Tommaso est pris de court par son frère aîné ayant lui aussi choisi cette occasion pour faire son coming-out. Tommaso ne sera donc pas le premier qui l’a dit, et Ferzan Oztepek a tiré de cette idée de départ une comédie italienne aux allures de farce. Le film caricature volontairement ses personnages secondaires (tant les parents que les amis gays) et s’amuse à exagérer chacune des situations qu’il met en scène. En jouant avec des clichés, Le premier qui l’a dit réussit ses séquences humoristiques, particulièrement celle du restaurant où le père de famille se sent oppressé par le regard de ceux qui l’entourent et celles où des amis de Tommaso venus lui rendre visite doivent cacher leur homosexualité.

Si Ferzan Oztepek a judicieusement opté pour un traitement comique de son sujet, il ne délaisse pas le message de son film. On trouve donc aux côtés de seconds rôles stéréotypés des personnages plus complexes, plus construits, qui apportent un peu de profondeur au film. Le mal-être de Tommaso, qui doit continuer à mentir à ses proches contre son gré, est plutôt bien retranscrit, et deux personnages féminins intéressant sont également mis en avant. Les histoires de la jeune Alba et de la grand-mère, n’ayant pas vécu avec l’homme qu’elle aimait, réservent même quelques moments d’émotion. Lors de quelques flashbacks jaunis, le réalisateur tente d’élargir le propos de son film sans pour autant convaincre totalement. Toutefois, malgré ses quelques longueurs et sa mise en scène paresseuse, Le premier qui l’a dit réussit à s’imposer comme un divertissement plaisant.

11/20

Par pL - Publié dans : Critiques de 2010 - Communauté : ciné-blogs
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