Alors que les films d’animation d’aujourd’hui multiplient les prouesses techniques, Stéphane Aubier et Vincent Patar s’inscrivent à contre-courant en adaptant pour le cinéma la série diffusée sur Canal + qui les a fait connaître. Les réalisateurs jouent ainsi la carte du cheap pour raconter les aventures de Cow-boy, Indien et Cheval, figurines figées et montées sur un socle : tels des gamins avec leurs jouets (c’est bien de cela dont il s’agit), ils leur font vivre des situations loufoques et improbables. Panique au village épouse la structure du jeu d’enfant en ne se souciant ni des contraintes géographiques ni des notions de vraisemblance ou de crédibilité, ce qui a pour effet positif d’engendrer un film totalement barré et extrêmement drôle.

Tout commence par un anniversaire, celui de Cheval, à qui Indien et Cow-boy ont décidé d’offrir un barbecue. Suite à une erreur dans la commande, on leur livre un million de fois plus de brique que prévu (qu’ils cacheront sur le toit de leur maison !), et c’est parti pour des péripéties au centre de la terre, sous l’eau ou dans la neige. Au plaisir de l’imprévisibilité du scénario s’ajoute celui provoqué par des gags hilarants et un doublage de grande qualité (Benoît Poelvoorde rend Steven, le fermier sur son tracteur promenant ses animaux, absolument irrésistible). Le délire de Stéphane Aubier et Vincent Patar est amusant et rempli de bonnes trouvailles, même si il a du mal à tenir sur la durée. Un format plus court aurait sans doute permis à Panique au village d’être un divertissement encore plus efficace.

12/20

Par pL - Publié dans : Films en salles - Communauté : Cinéma et culture alternative
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Terry Gilliam est un cinéaste maudit, depuis les interruptions du tournage des Aventures du baron de Münchausen jusqu’à l’avortement de son adaptation de Don Quichotte (qui a tout de même donné le documentaire Lost in la Mancha). Après une horrible relecture d’Alice au pays des merveilles (Tideland), voici son nouveau film, qui aurait pu ne jamais voir le jour suite à la disparition de son interprète principal pendant le tournage, Heath Ledger. Heureusement, le réalisateur n’a pas baissé les bras, et a demandé à Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell de reprendre son rôle. Au final, cette multiplication des figures est la plus belle trouvaille de L’Imaginarium du Docteur Parnassus, en parfaite cohérence avec le projet : dès qu’il traverse un miroir, carrollien, pour entrer dans le mode de ses rêves, Tony (Ledger) change de visage (tour à tour Depp, Law et Farrell, très biens). La force de ce film est donc paradoxalement liée au hasard, le reste étant bien moins convaincant car souffrant des mêmes carences que la plupart des films de Gilliam.

Un tel film, proposant un voyage dans l’imagination, implique nécessairement des trouvailles visuelles et des idées originales afin de créer le monde de rêve atypique dans lequel basculent les divers clients de Parnassus. Il y a des séquences bien pensées, comme perdues dans un film brouillon, qui fait se succéder les unes aux autres des idées, certes innombrables mais à peine exploitées. Gilliam se perd souvent, et son film ne se rattrape ni par son humour ni par son esthétique. Version délavée de Charlie et la chocolaterie de Tim Burton, les séquences se déroulant dans l’imaginaire des personnages (tous trop fades) font preuve d’un impressionnant mauvais goût. L’Imaginarium du Docteur Parnassus est ainsi un film moche, confus et trop peu concis pour provoquer autre chose qu’une grande frustration à l’issue de la projection. Dommage, une fois de plus…

9/20

Par pL - Publié dans : Films en salles - Communauté : Cinéma et culture alternative
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ON VA EN ENTENDRE PARLER :

 

HEATH LEDGER, DERNIERE :

Cette semaine sort le nouveau film de Terry Gilliam, avec Heath Ledger (remplacé par Jude Law, Colin Farrell et Johnny Depp après sa mort). C’est à la fois le nouveau film du réalisateur de Brazil et la dernière apparition de l’inoubliable Joker de The Dark Knight.

 

HENRI-GEORGES CLOUZOT, DERNIERE :

L’Enfer était le dernier film d’Henri-Georges Clouzot et son projet le plus ambitieux. Le film n’a jamais vu le jour, mais Serge Bromberg et Ruxandra Medrea ont retrouvé les rushes et proposent aujourd’hui un documentaire qui s’annonce passionnant et fascinant.


 

ON N'EN PARLERA PAS DAVANTAGE ICI :

 

UN COUPLE ET SON CHIEN:

Après Didier Bourdon – Anne Consigny – Bambou, voici Alain Chabat – Mathilde Seigner – Trésor (Trésor, c’est aussi le dernier film de Claude Berri, terminé par François Dupeyron). Deux castings qui se valent (Didier Bourdon ne vaut pas Alain Chabat, mais Mathilde Seigner ne vaut pas Anne Consigny…) et une même histoire, très ordinaire : un chien qui vient perturber la vie d’un couple. Dans les deux cas aussi une bande-annonce affligeante annonçant une comédie pas drôle.


CHAMPION DU BOX-OFFICE:

Bonne nouvelle : on n’entendra plus parler de César du box-office. La proposition de remettre une récompense au plus grand succès commercial de l’année, émise suite à la polémique suscitée par la non-nomination des Ch’tis l’an dernier, a été rejetée par l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma. C’est ce qui s’appelle un miracle.

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PRIX DU JURY – DEAUVILLE 2009

Le hasard veut que sortent cette année, à quelques semaines d’intervalle, deux films décrivant l’emprise de gangs sur les pays d’Amérique centrale. Un documentaire de Christian Poveda, La vida loca et une fiction de Cary Fukunga, Sin Nombre. Les deux films ont en commun leur pessimisme, puisque la mort plane constamment sur ceux qu’ils filment (personnes chez Poveda, personnages chez Fukunga) et qu’aucune alternative ne s’offre à eux. Parce que l’un commence où l’autre s’achevait (lors d’une scène d’intégration, glaçante dans les deux films), Sin Nombre pourrait être la continuité de La Vida Loca, mais les deux films parviennent à exister indépendamment, en tirant au mieux parti de leur genre : sur un postulat similaire, les deux films revendiquent des préoccupations différentes, Christian Poveda proposant un documentaire faisant l’état des lieux d’un pays en crise quand Cary Fukunga, par le biais de la fiction, invente des personnages pour analyser ce qu’engendre un arrachement à la terre d’origine. Sin Nombre est ainsi le récit de l’errance désespérée de Willy, baptisé Casper par la Mara, de ses dernières heures avant une mort d’emblée inévitable.

Il y a un rêve au cœur de Sin Nombre affirmé dès l’incipit qui, dans un judicieux champ-contre champ, retient un tableau de paysage d’automne saturant le champ et Willy assis sur son lit. A l’échelle du film, il y a le rêve d’une famille hondurienne d’immigrer aux Etats-Unis, et le chemin à parcourir s’annonce long (le plan de la carte…) et semé d’embuches. Evidemment, le montage alterné veut que Willy, pourchassé par son clan après qu’il a tué le chef, croise le chemin de Sayra, la fille de la famille, et cela implique une histoire d’amour, filmée avec beaucoup de pudeur et de justesse.

Pour cette fuite vers un ailleurs meilleur, obligatoirement idéalisé, Cary Fukunga fait preuve d’une grande habileté. Son premier film aux airs de road movie réussit à raconter une histoire cohérente et prenante, avec des personnages nuancés et très bien interprétés, sans délaisser les questions qu’elle amène. Sa mise en scène, percutante, se fondant sur des plans rigoureusement composés (et par ailleurs très beaux), contribue à hisser Sin Nombre au rang de premier film remarquable.

14/20

Par pL - Publié dans : Films en salles - Communauté : Cinéma
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Pour son premier documentaire cinématographique, Christian Poveda s’est immiscé dans le quotidien de l’un des deux gangs dominant la capitale du Salvador. C’est par les membres de la Mara 18 qu’il a été intégré pour mener à bien son projet, décrivant l’omniprésence de la violence, générée par la vendetta que se livrent deux communautés en guerre permanente. Le documentariste et sa caméra ont su se faire discrets pour tourner La Vida Loca : l’une des grandes forces du film est de capter le quotidien de salvadoriens avec une authenticité remarquable, au point que le film parvienne à évoquer la fiction (la façon dont la caméra est ignorée par ceux qu’elle filme est formidable). A l’exception de l’ultime séquence, retenant une glaçante initiation, La Vida Loca préfère laisser la violence hors champ, seulement suggérée par les bruits off de coups de feu ponctuant régulièrement le film.

Christian Poveda privilégie l’accomplissement d’activités de tous les jours, les préoccupations anodines ou personnelles des personnes filmées, du parcours d’une jeune femme pour se faire placer un œil de verre à la réinsertion de maras dans une boulangerie de quartier. C’est un quotidien précaire et dangereux que décrit La Vida Loca, rythmé par des allers-retours au commissariat et des enterrements de proches. Le plus grand soin est porté aux funérailles, alors que paradoxalement la mort est monnaie courante chez les maras. La Vida Loca sera le dernier documentaire de Christian Poveda, assassiné peu avant la sortie française : un fait tragique dans la lignée de ceux, tout aussi réels et glaçants, retenus dans le film qui prouve la gravité de la situation dans un pays ayant atteint un point de non-retour…

12/20

Par pL - Publié dans : Films en salles - Communauté : Cinéma
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Reconnaissons quand même qu’il y a à l’origine du projet une idée formidable : un hommage au cinéma et aux films de grands cinéastes, de Murnau à Kubrick en passant pour Scorsese ou Leone, à travers les aventures d’un professeur de mathématiques voyageant de film en film pour ramener Sissi dans son film d’origine. Pourtant, le Cinéman de Yann Moix est une abomination, qui au lieu de jouer avec le spectateur cinéphile en lui proposant maints clins d’œil subtils, préfère la caricature et le mépris (rien à voir avec Godard). Le plus gros défaut du réalisateur de Podium c’est de s’être rangé du côté de Franck Dubosc, qui tient le premier rôle, plutôt que de celui du cinéma. Par conséquent, le film est une insulte au cinéma, dans laquelle le comique est en surjeu constant (et les autres acteurs ne sont pas meilleurs, à commencer par Pierre-François Martin-Laval ridicule dans le rôle du méchant).

Personne ne semble croire à ce film : le réalisateur s’est endormi, le preneur de son a oublié de faire son boulot (une pénible postsynchronisation qu’il vaut mieux, pour Yann Moix, attribuer à un incident technique plutôt qu’à un choix artistique), le chef opérateur s’amuse avec les filtres de toutes les couleurs pour composer des images plus moches les unes que les autres et les scénaristes feraient mieux de changer de métier. Cinéman fait des allusions maladroites à Camping ou à Jean Dujardin, mentionne explicitement les titres qu’il cite (!) et massacre des chefs d’œuvre comme Orange mécanique ou Taxi Driver. Assister au massacre de tels monuments est un calvaire.

4/20

Par pL - Publié dans : Films en salles - Communauté : Cinéma
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