L’histoire, « vraie de vraie », de Steven Russell est incroyable : flic, époux modèle et père de famille, il décide de tout
plaquer et d’assumer au grand jour son homosexualité avant de se retrouver en prison pour escroqueries en tous genres. De l’explosion de la famille nucléaire à la relation passionnelle entre
Russell et Phillip Morris, rencontré en prison, Glenn Ficarra et John Requa signent une comédie efficace, à la fois drôle et audacieuse. I love you Phillip Morris s’aventure sans
cesse sur des terrains inattendus : il joue d’abord, au Texas, avec les clichés associés à l’homosexualité avant de se muer en peinture ironique du milieu carcéral puis en portrait d’un
escroqueur de génie. La grande force du film est de ne jamais se laisser dépasser par les multiples sujets qu’il aborde. Mêlant avec une grande intelligence plusieurs registres, Ficarra et Requa
font toujours les bons choix. Après quelques gags efficaces ressurgit la gravité des thèmes abordés. Inversement, le comique vient court-circuiter une scène plus dramatique avant qu’elle ne
sombre dans le pathos (le coup de théâtre final en est le plus bel exemple). C’est parce qu’il s’illustre sur plusieurs tableaux et qu’il trouve toujours le juste équilibre entre divers genres
que le film séduit de bout en bout.
En outre, la réussite de I love you Phillip Morris est liée à sa façon d’aborder l’homosexualité : en l’imposant comme une
donnée du récit et non comme l’enjeu principal et/ou unique, Glenn Ficarra et John Requa évitent de refaire le film que d’autres ont déjà fait (plus ou moins bien) avant eux. « I love you
Phillip Morris » dit Russell à son amant, mais il ne sait comment le lui prouver, ainsi le film est-il un enchaînement d’actes tous plus fous les uns que les autres, qui sont autant des
armes de séduction que les preuves d’un amour fou. Steven Russell se fera passer pour un avocat ou pour un comptable dans une multinationale, ce qui lui permettra d’offrir à Phillip Morris une
vie de rêve. Mais il y a un prix à payer pour cela : plus que la prison impliquant la séparation, c’est le mensonge qui éloigne Steven et Phillip. A force de s’engouffrer dans combines
malhonnêtes, Steven devient un grand malade, incapable de se sortir du mensonge : à l’image du film, c’est à la fois très drôle et profondément triste. Jim Carrey réalise une grande
performance en parvenant à faire ressortir l’ambivalence de son personnage. Face à lui, Ewan McGregor est tout aussi surprenant. Le duo donne une certaine notoriété à un film qui s’impose comme
une comédie exemplaire et tend vers l’idéal que l’on peut avoir du cinéma indépendant américain.
15/20
Par pL
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6
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Malgré les apparences et la ville de rêve qu’elle habite, la famille Rizzo est loin d’être parfaite. Chaque membre a ses secrets : alors que
Vince, le père, prend des cours de théâtre en cachette, sa fille est strip-teaseuse et son fils fantasme sur sa voisine obèse. Par ailleurs, Vince est gardien de prison et découvre que l’un des
détenus est le fils qu’il avait eu avec son ex-femme. Il va le ramener chez lui, et ce nouveau venu va perturber la vie tranquille de la famille Rizzo avant d’entraîner la révélation des secrets
de chacun. City Island surfe ainsi sur l’une des tendances du moment : filmer le quotidien et les petits tracas de personnages anodins. Raymond de Felitta s’en tire
relativement bien puisque son film parvient à retenir l’attention, voire à faire sourire lors de certaines séquences. City Island n’a aucune ambition, sinon celle de divertir, ne
fait preuve d’aucune trouvaille de mise en scène et n’évite pas toujours le déjà vu. Cependant, malgré toutes ces limites, il se dégage de ce film une évidente sincérité, sans doute grâce à des
personnages bien construits, intéressants, parfois amusants, parfois attendrissant.
Hormis Molly, que Vince rencontre lors de ses cours de théâtre et que sa femme prendra bien sûr pour sa maîtresse, personnage trop présent et
n’induisant que des situations convenues, la famille imaginée par Raymond de Felitta (et ceux qui gravitent autour d’elle) est plutôt sympathique. Aucun personnage n’est délaissé bien que tous
n’aient pas la même importance, City Island se focalisant essentiellement sur Vince Rizzo. Ce choix donne la possibilité à Andy Garcia de camper son personnage avec conviction, et
c’est finalement dans ce genre de film, anecdotique mais assez agréable, qu’il est le plus crédible.
10/20
Par pL
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S’il est un habile réalisateur de films d’épouvante, Alejandro Amenabar peine à s’imposer lorsqu’il essaie de s’ouvrir à d’autres genres.
Agora en est la preuve la plus irréfutable : avec ce péplum le réalisateur s’attaque à un projet bien trop ambitieux pour lui. En deux heures (bien longues),
Agora est à la fois le portrait d’une femme revendiquant sa liberté, Hypathie (Rachel Weisz, trop mal dirigée pour convaincre) et les violentes confrontations entre différentes
religions qui, bien qu’elles aient lieu au IVième siècle à Alexandrie sont universelles et toujours d’actualité. C’est le combat entre croyance aveugle et raison que met en scène
Amenabar, en retenant par ailleurs les premiers questionnements sur l’espace et l’astrologie. Son projet est intéressant et pertinent, mais malheureusement Agora se complait dans
un certain manichéisme et agace par une approche trop scolaire du sujet. Seul un second rôle se démarque de la logique binaire du film : Davus, partagé entre son admiration (et son amour)
pour Hypathie et l’envie de rejoindre les Chrétiens pour dépasser sa condition d’esclave. Il est le personnage le plus élaboré du film (mais quand même sous-exploité), perdu entre une figure
féminine glorifiée, symbolisant la culture et le savoir, et des fanatiques stigmatisés (certes à raison).
Plus que par son scénario restant trop en surface de l’histoire et des questions qu’il soulève, Agora déçoit par l’artificialité
de la réalisation. Amenabar répète quelques idées jusqu’à épuisement, notamment les contre-plongées rendant compte de la petitesse des hommes par rapport au monde. Il y a évidemment une
confrontation des échelles au cœur d’Agora qui est simplement illustrée et ne produit finalement que très peu de sens. Par ailleurs, des mouvements de caméra
(inutiles et approximatifs) polluent chaque dialogue et d’incessants passages du flou au net sont d’autres tics de mise en scène pénibles. Alejandro Amenabar a de beaux décors et de nombreux
figurants : ses plans d’ensemble en rendent compte, sans pour autant en tirer parti. Aucune grandeur, aucune beauté n’émane de cette prestigieuse reconstitution : Agora
est un film qui se regarde passivement et sans qu’on n’y trouve un quelconque intérêt. Une musique surligne systématiquement chaque situation alors que le réalisateur se perd dans une vaine
multiplication de fioritures. Plutôt que de se perdre dans des projets d’une telle ampleur, Alejandro Amenabar ferait mieux de revenir à des films plus simples, plus concis et donc plus
efficaces.
7/20
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Le nouveau looser attachant inventé par les frères Coen s’appelle Larry Gopnik. Il mène une vie tranquille dans une banlieue juive parfaite du
Midwest (pelouse bien vertes, maisons presque identiques minutieusement alignées…), où il élève ses deux enfants avec sa femme Judith. C’est un homme sérieux qui cherche à être irréprochable dans
sa vie privée comme dans sa vie professionnelle. Pourtant, sans prévenir, tous les malheurs du monde vont s’abattre sur lui. A l’Université où il enseigne la physique, la direction reçoit des
lettres anonymes à son sujet et un étudiant coréen insiste pour qu’il change sa note à un partiel. Chez lui, sa femme lui annonce qu’elle va le quitter, sa fille lui vole de l’argent, son fils
utilise son nom pour commander des disques et son voisin empiète sur sa propriété… Une accumulation de catastrophes qui rythme le film et assure le divertissement. En confrontant Larry à des
situations qui le dépassent, Joel et Ethan Coen déploient leur humour singulier. Ils opposent Larry à d’autres personnages ne partageant pas sa logique, du père de l’étudiant l’incitant à se
corrompre à la société de vente par correspondance réclamant le paiement des produits envoyés. A Serious Man est fait de situations absurdes savoureuses qui l’imposent comme l’un
des films les plus drôles des frères Coen.
Toutefois, derrière le plaisir immédiat provoqué par la géniale écriture des deux frères se cache un propos finement élaboré. Pour résoudre ses
problèmes, Larry Gopnik ira chercher conseil auprès de trois rabbins. Ces rencontres scandent le film et aboutissent toutes à la même absence de réponse (ou à des réponses inattendues), à l’image
d’une anecdote que raconte l’un des rabbins : celle d’un dentiste découvrant que des caractères hébraïques sont gravés dans les dents d’un client. En fin de compte, il n’y a pas de destin
(d’où les limites de la foi) et le personnage doit faire des choix, en acceptant de ne pas en connaître les conséquences : changer une note ou non, succomber aux charmes de la voisine ou
pas… Larry prendra alors conscience que des événements le dépassent et ne sont pas toujours explicables. Sérieux ou non, l’homme ne peut tout maîtriser : il peut chercher en vain des
arguments (religieux, scientifiques…) pour se justifier, ou bien accepter la part d’absurde et les aléas de la vie.
15/20
Par pL
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Le Refuge part d’une idée simple : filmer Isabelle Carré enceinte.
A partir de là, François Ozon a écrit un scénario épuré, à l’action minimaliste : seulement quelques personnages et un nombre de décors réduits. Son film va directement à l’essentiel, et ce
dès la splendide séquence d’ouverture. Le couple que forment Mousse (Isabelle Carré, dans l’un de ses meilleurs rôles) et Louis est introduit en quelques plans : dans un luxueux appartement
parisien, ils se droguent et lui va finir par mourir d’une overdose. Sur son lit d’hôpital, Mousse apprend le décès de Louis mais aussi qu’elle attend un enfant de lui. Deux thèmes chers à Ozon
se retrouvent ainsi convoqués dans Le Refuge : le deuil (qui était au cœur de Sous le sable) et la maternité (déjà abordée dans le surprenant Ricky). La mort et la naissance, deux contraires qu’Ozon réunit dans un film simple et
émouvant.
Lorsque Mousse s’isole dans le refuge éponyme avant l’accouchement, Paul, le frère de Louis, va s’immiscer dans sa vie, et lui évoquer
inévitablement son compagnon défunt. La relation qui se noue peu à peu entre eux deux est la grande force du Refuge (si bien qu’il est un peu moins convaincant lorsque des seconds
rôles entrent en scène) : derrière l’apparente légèreté et sérénité du film, elle fait ressortir les questions qui hantent les personnages. Mousse est-elle prête à être mère et sera-t-elle
une bonne mère ? Le Refuge n’apportera aucune réponse mais la décrira comme une femme prête à tout pour protéger l’enfant qu’elle porte (la scène à la plage est très belle)
et tentant de faire les bons choix pour qu’il grandisse dans les meilleures conditions possibles (le finale, aussi inattendu que déchirant). Outre le bébé qui va naître, il y a un autre absent
omniprésent : c’est Louis. Son frère va chercher à mieux le connaître en se confiant à Mousse, qui, via l’enfant qu’elle porte, cherchera à laisser une trace de lui. Autant de thèmes chers
au cinéma d’auteur français d’aujourd’hui qu’Ozon aborde avec beaucoup de justesse et de délicatesse.
14/20
Par pL
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